Axelle Rioult, Foliatura

Axelle Rioult, Foliatura, 2026

Le noir n’est plus ce mur 
encrassé par la suie du jour éteint,
je le franchis, c’est l’air limpide, taciturne,
j’avance parmi les feuilles apaisées,
je puis enfin faire ces quelques pas, léger,
comme l’ombre de l’air […]

*

Terre de plus en plus visible et grande, tombe
et déjà berceau des herbes  […]

— Philippe Jaccottet, À la lumière d’hiver (1977)

À travers Foliatura qui peut se traduire du latin par « la branche », « le feuillage » – , Axelle Rioult œuvre à la saisie d’un état transitoire du végétal, engagé dans un perpétuel devenir.

C’est sur le territoire normand auquel l’artiste visuelle est intimement liée que l’ensemble de son travail, nourri de son expérience de peintre et de son attrait ancien pour l’art japonais, prend racine. Recueillies au cours d’arpentages immersifs dans les jardins botaniques de Caen et du Havre, les présences éphémères, presque évanescentes, se composent dans le contexte d’une période marquée par le(s) deuil(s) comme autant de manifestations sensibles de la fragilité du vivant.

Le choix du cadrage frontal, procédant du all-over, ainsi que les prises de vue serrées participent à exalter le sujet végétal lequel se trouve transfiguré en une sorte de micro-paysage, au seuil de l’abstrait. Axelle Rioult privilégie le rendu de la matière végétale, sublimée par le piqué d’un tirage précis, le rapport subtil des valeurs de gris et la verticalité. Les frondaisons semblent ainsi, dans un même temps, émerger de la pénombre et replonger lentement vers la terre nourricière, promesse de prodigalité et de semaisons à venir.

Certaines photographies résultent de la synthèse de trois plans : les reflets à la surface des verrières des serres, les éléments situés en avant de celles-ci et ceux visibles au-delà de l’architecture. Ce phénomène optique, cher à l’un de ses découvreurs, Eugène Atget, produit d’étonnants effets de transparence ; remarquablement maîtrisé, il trouble la perception de profondeur et paraît rejouer l’essence même du photographique : le passage de la lumière à travers une surface photosensible. Tapissées de multiples stratifications de matières organiques, les parois vitrées, en redoublant le processus de métamorphose qui innerve l’organique, parachèvent la photographie du cycle vie-mort-vie.

Les formes, « mises à plat » sur le verre de la caméra puis sur le tirage papier, s’enchevêtrent pour ne produire qu’une seule image offerte aux cheminements de la rêverie. Dans la chaleur moite de l’écrin de verre, les volutes et les arabesques proliférantes s’entrelacent, se prolongent l’une dans l’autre, débordent le photographique, générant ainsi du mouvement, celui même de la vie.

Maiwenn Josse

Une exposition présentée à La Teinturerie et réalisée par l’Ardi – Photographies dans le cadre du festival Normandie Impressionniste 2026.

Du 1er août au 27 août 2026
à La Teinturerie
, 9 rue des Teinturiers, 14000 Caen

Entrée libre
Du mardi au vendredi 14h-19h
le samedi 11h-19h

Vernissage
Samedi 1er août à 11h

Visite commentée
samedi 1er août 16h30
Visite croisée
mercredi 26 août à 17h avec Laura Dumoussaud (auteure de l’exposition Ephémérides organiques)
départ à 17h depuis la galerie Mancel

Finissage
mercredi 26 août à 18h

En savoir plus
site web de l’artiste
instagram

Axelle Rioult ne se dit pas photographe, elle est avant tout artiste et utilise la photographie comme médium principal pour sublimer le témoignage d’une rencontre avec un lieu ou un sujet. L’artiste tisse toujours cette rencontre dans la durée, explorant toutes les strates de la découverte à l’intimité avec le lieu. Elle réinterroge avec patience le banal dans une tentative d’épuisement sensoriel. La recherche est intuitive, l’objectif et le corps sont les outils actifs de ce voyage qui est plus affaire de déplacement du regard que de transformation du réel.

Félix Pareja (architecte), 2026
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