Philippe Dufour,  Lisieux (autoportrait), été 1986, 120x90cm, coll. de l’artiste, dépôt en cours dans les collections de l’Ardi.

C’est un sténopé, une image obtenue sans aucun appareil. Philippe Dufour est un primitif, au sens le plus radical du terme, qui renoue avec  la naissance de la photographie, quand on l’appelait héliographie, écriture de la lumière du soleil.

Le sténopé est un dispositif, une boîte hermétiquement close, de dimensions variables, le plus souvent en carton ou en bois, où l’artiste place du papier photosensible sur cinq parois. Dans la sixième il perce un trou (voire plus) pour laisser entrer la lumière. Il n’appuie sur aucun bouton. Au bout d’un certain temps de pause, l’image inversée du paysage s’imprime sur le négatif papier. Le plan cruciforme n’a rien de conceptuel ni de religieux, c’est la conséquence du dispositif. La croix est le développement d’un volume, celui des cinq parois de la boîte.

Il s’agit d’une commande de la DATAR, organisme gouvernemental, alors très important, chargé de l’aménagement du territoire. En 1984, la Mission photographique de la DATAR commande à 28 photographes majeurs, français et étrangers de « représenter le paysage français des années 1980 ». Le résultat : 2000 images, 200 000 vues sous forme de planche contact, conservées à la BNF. La dernière exposition y a eu lieu en 2017.

Philippe Dufour rendit dix-sept images à la DATAR, dont dix sont actuellement en dépôt à l’ARDI. Est-il besoin de préciser que Philippe a été le seul des 28 artistes à utiliser le sténopé. Philippe Dufour avait pour objet de montrer la reconstruction d’après-guerre dans cette partie de la France, d’où le titre de cette image. Mais pour son auteur, reconstruction implique une destruction préalable et d’autres images montrent ce versant plus sombre que l’espace destructuré du sténopé rend admirablement..

Deux raisons ont motivé mon choix. Vous introduire à une œuvre très originale et de haute qualité, que Philippe Dufour a récemment mise en dépôt à l’ARDI. Vous donner la recette du sténopé en ces temps de confinement. Il vous suffit d’un vieux carton à chaussures et d’un peu de papier sensible pour réaliser une héliographie, pour faire écrire le soleil.

Luc Desmarquest

Dépôt du fonds Philippe Dufour dans les collections de l’Ardi en cours