{"id":1588,"date":"2023-01-26T15:35:21","date_gmt":"2023-01-26T14:35:21","guid":{"rendered":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1588"},"modified":"2023-01-26T15:35:22","modified_gmt":"2023-01-26T14:35:22","slug":"du-coin-de-loeil-sans-quitter-la-route-des-yeux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1588","title":{"rendered":"Du coin de l\u2019\u0153il sans quitter la route des yeux"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">\u00ab\u00a0Il y a toujours dans l\u2019art du paysage un aspect subjectif, quelque chose dans l\u2019image qui nous dit autant sur la personne qui tient l\u2019appareil que sur ce qui est devant l\u2019objectif.\u00a0\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\">Robert Adams, <em>Essais sur le beau en photographie<\/em>, 1981.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans bien des endroits, les travaux ont fa\u00e7onn\u00e9 un profil urbain qui a fini par masquer les contours naturels du site initial. Que reste-t-il, par exemple, de la Vall\u00e9e des jardins \u00e0 Caen ? Constructions et voies de circulation rendent peu lisible ce paysage si on se fie \u00e0 son nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Le photographe Philippe Kuznicki, lors de vagabondages quotidiens dans un environnement connu, \u00e9labore des constructions formelles qui recomposent le territoire. Tant pour t\u00e9moigner que pour sugg\u00e9rer, l\u2019artiste s\u2019inscrit dans un courant de l\u2019histoire des repr\u00e9sentations. Ses \u0153uvres&nbsp; participent de l\u2019\u00e9laboration de l\u2019image de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s 1839 et plus particuli\u00e8rement durant le dernier quart du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la photographie s\u2019est appliqu\u00e9e \u00e0 apprivoiser les paysages de l\u2019\u00e8re industrielle. Avec la prise de conscience de la fragilit\u00e9 de l\u2019environnement face \u00e0 l\u2019entreprise humaine, les photographes prennent en compte&nbsp; ces transformations empreintes de brutalit\u00e9. &nbsp; Philippe Kuznicki sillonne consciencieusement ces espaces, lieux d\u2019investigation d\u2019une chasse photographique, rep\u00e9rages pour des cadrages avec une attirance affirm\u00e9e pour des sites d\u00e9natur\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Son point de vuecontribue \u00e0 mettre en \u00e9vidence la confusion entre le naturel et le sauvage. L\u2019artiste nous fait ressentir notre vuln\u00e9rabilit\u00e9. Dans cette optique, il saisit un r\u00e9pertoire de formes jaillissant du chaos des chantiers, des lisi\u00e8res incertaines des terrains vagues et des ma\u00e7onneries aval\u00e9es par le sol telles des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9cor abandonn\u00e9s. Ainsi naissent des architectures extravagantes aux aspects monumentaux r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par des formats photographiques divers et des assemblages de petits tirages. L\u2019artiste noue ensemble les prises de vues en combinant des fragments par superposition et d\u00e9calage. Dans la pr\u00e9cipitation, il s\u2019empare de ciseaux et de ruban adh\u00e9sif, il accentue les barbes de d\u00e9coupages et les mati\u00e8res constitutives des collages en s\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p>Sensible \u00e0 ces gestes, notre cerveau tire satisfaction des principes de r\u00e9p\u00e9titions&nbsp;; le charme visuel des planches-contact repose sur cette approche. Le panorama, figure de style photographique, offre la d\u00e9couverte de paysages par juxtapositions r\u00e9p\u00e9titives, principes plastiques qui interrogent notre \u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le spectacle de la ville se d\u00e9veloppe avec la photographie panoramique, source d\u2019enregistrement de la lumi\u00e8re, pour accentuer les illusions de reliefs. Dans cet esprit, Philippe Kuznicki nous sollicite avec des \u00e9l\u00e9ments de planches-contact qui permettent d\u2019\u00e9laborer des photomontages. Ces assemblages de fragments du tissu urbain entretiennent nos envies de formes et favorisent la manipulation des codes \u00e0 m\u00eame de transfigurer la r\u00e9alit\u00e9. En effet, un objet n\u2019apparait pas toujours \u00e0 notre esprit identique \u00e0 ce qu\u2019il est devant nos yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces compositions plasticiennes ont-elles quelque chose de plus r\u00e9el qu\u2019un simple instantan\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Avec des tirages d\u00e9coup\u00e9s et des ajouts picturaux, l\u2019artiste, tel un d\u00e9fricheur, s\u2019empare d\u2019\u00e9l\u00e9ments de l\u2019histoire de la photographie et de l\u2019histoire de l\u2019art pour proposer une illusion \u00e0 base de mat\u00e9riaux pr\u00e9fabriqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour revenir \u00e0 un objet totalement photographique, l\u2019auteur, \u00e0 l\u2019origine des \u00e9preuves argentiques et de leur montage, s\u2019adjoint les talents d\u2019un sp\u00e9cialiste du tirage num\u00e9rique, un tireur. Ils s\u2019\u00e9paulent \u00e0 la recherche d\u2019une matrice unique reproductible. Ils compilent les r\u00e9sultats de retouches successives en ma\u00eetrisant la construction num\u00e9rique pour une impression \u00e0 base d\u2019encre min\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Philippe Kuznicki nous en fait voir davantage en s\u2019appuyant sur la mati\u00e8re photographique. Il fouille du regard ruines et chantiers \u00e0 la recherche de l\u2019essentiel. Il fait preuve d\u2019agilit\u00e9 visuelle et nous propose avec une facilit\u00e9 apparente de d\u00e9couvrir du merveilleux dans les replis de notre quotidien. L\u2019artiste fait \u00e9merger des images que nous oublions de voir. Ici s\u2019\u00e9labore un point de vue avec pour origine l\u2019attrait de l\u2019invisible, l\u2019envers de nos espaces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Catherine Blondel, Gilles Boussard<br>Ardi-Photographies en Normandie<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Il y a toujours dans l\u2019art du paysage un aspect subjectif, quelque chose dans l\u2019image qui nous dit autant sur la personne qui tient l\u2019appareil que sur ce qui est devant l\u2019objectif.\u00a0\u00bb Robert Adams, Essais sur le beau en photographie, 1981. 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