{"id":1563,"date":"2022-11-10T16:57:33","date_gmt":"2022-11-10T15:57:33","guid":{"rendered":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1563"},"modified":"2022-11-10T17:05:20","modified_gmt":"2022-11-10T16:05:20","slug":"affinites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1563","title":{"rendered":"AFFINIT\u00c9S"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans l\u2019\u0153uvre de Marie-C\u00e9line Nevoux-Valognes, certaines photographies jouissent d\u2019un statut particulier, ce sont des c\u00e9libataires. Leur destin est de rester en attente dans ses cartons jusqu\u2019au jour o\u00f9 la photographe se trouve en pr\u00e9sence d\u2019une sc\u00e8ne ou d\u2019une vue qui s\u2019impose avec la force de l\u2019\u00e9vidence comme l\u2019\u00e2me s\u0153ur d\u2019un clich\u00e9 c\u00e9libataire. Une image en appelle une autre, l\u2019op\u00e9ratrice les r\u00e9unit.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-C\u00e9line parle de diptyque. En grec, \u00ab&nbsp;diptukos&nbsp;\u00bb veut dire \u00ab&nbsp;deux plis&nbsp;\u00bb. Les \u0153uvres en deux parties abondent dans l\u2019art occidental du Moyen-Age \u00e0 l\u2019Art Moderne, mais la d\u00e9marche de l\u2019artiste frappe par sa singularit\u00e9. En effet, dans certaines \u0153uvres elle cherche \u00e0 rendre invisibles ces \u00ab&nbsp;deux plis&nbsp;\u00bb, \u00e0 r\u00e9aliser une fusion.&nbsp; La surimpression de deux n\u00e9gatifs est connue depuis les d\u00e9buts de la photographie, mais Marie-C\u00e9line ne reprend pas ce proc\u00e9d\u00e9 que la technologie moderne rend encore plus facile, elle juxtapose simplement deux images. Cet assemblage apparemment tr\u00e8s banal est en r\u00e9alit\u00e9 tr\u00e8s difficile car la compatibilit\u00e9 est rare. La fluidit\u00e9 spatiale doit permettre aux deux photographies de former un continuum, de prouver que 2 = 1.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres associations sont plus proches du diptyque dans la mesure o\u00f9 l\u2019artiste forme un couple d\u2019images sans chercher \u00e0 rendre invisible la r\u00e9union de deux clich\u00e9s. Quelles affinit\u00e9s sont requises pour que les images se parlent et que l\u2019appariement fonctionne&nbsp;? Son but n\u2019est pas de choquer \u00e0 la mani\u00e8re de certains collages dada\u00efstes ou surr\u00e9alistes, de faire la satire de la soci\u00e9t\u00e9 ni de susciter un sentiment d\u2019absurde. Son travail est une qu\u00eate des compl\u00e9mentarit\u00e9s fond\u00e9e sur l\u2019harmonie ou sur le contrepoint.&nbsp; Peut-on trouver des rimes plastiques comme il y a des rimes po\u00e9tiques&nbsp;? Dans tous les cas est pos\u00e9e la question de la compatibilit\u00e9 de plusieurs images entre elles.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa recherche n\u2019est pas sans parent\u00e9 avec certains tableaux de Magritte&nbsp; o\u00f9 les nuages entrent dans l\u2019appartement par la fen\u00eatre ouverte, o\u00f9 la question spatiale est centrale. Libres comme les r\u00eaves,&nbsp; les espaces ne connaissent ni les lois de la perspective ni celles de la physique, et le regardeur glisse d\u2019un ext\u00e9rieur \u00e0 un int\u00e9rieur, ne sait plus tr\u00e8s bien dans quel monde il se trouve. La po\u00e9sie n\u2019est pas absente de cette d\u00e9sorientation.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-C\u00e9line affirme raconter des histoires qu\u2019elle appelle \u00ab&nbsp;Chroniques photographiques&nbsp;\u00bb. En fait, elle <strong>se<\/strong> raconte des histoires, mais celles-ci, \u00e0 la diff\u00e9rence des diptyques du pass\u00e9, ne sont pas explicites pour le regardeur. Peu importe, celui-ci inventera les siennes, car l\u2019artiste a le talent de nous faire r\u00eaver.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-C\u00e9line Nevoux-Valognes&nbsp; n\u2019est pas seulement une \u00ab&nbsp;marieuse&nbsp;\u00bb,&nbsp; elle nous fait r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la nature de la photographie et pose des questions fondamentales sur l\u2019unicit\u00e9 de l\u2019image. Quelles affinit\u00e9s permettent de r\u00e9unir plusieurs photographies pour former une \u0153uvre unique&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Luc Desmarquest<\/p>\n\n\n\n<h1>INTIMIT\u00c9<\/h1>\n\n\n\n<p>Comment repr\u00e9senter l\u2019intime&nbsp;? C\u2019est le d\u00e9fi pos\u00e9 par la chambre des ados, lieu de l\u2019intime par excellence. Marie-C\u00e9line Nevoux-Valognes&nbsp; y r\u00e9pond par un cadrage serr\u00e9. Elle d\u00e9coupe l\u2019espace, certaines parties du corps,&nbsp; pr\u00e9l\u00e8ve des \u00e9chantillons de l\u2019environnement.&nbsp; Elle ne&nbsp; fait pas de clich\u00e9 de ce bazar l\u00e9gendaire qu\u2019est&nbsp; la chambre d\u2019ado,&nbsp; pr\u00e9f\u00e9rant le gros plan d\u2019un v\u00eatement tirebouchonn\u00e9 jet\u00e9 sur une moquette&nbsp;: un d\u00e9tail \u00e9voque le tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corps est le motif le plus repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 il se transforme et pr\u00e9occupe. La photographe ne montre pas les visages, mais fait parler certaines parties du corps. Les mains et les bras disent les anxi\u00e9t\u00e9s, la d\u00e9termination autant que le manque d\u2019assurance. La chevelure&nbsp; est un motif tr\u00e8s pr\u00e9sent, objet de soin, on la voit sous tous les angles, en particulier en surplomb pour d\u00e9couvrir ce sillon&nbsp; intime qu\u2019est la raie. Le corps se refl\u00e8te souvent dans un miroir o\u00f9 il est interrog\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-C\u00e9line photographie des photographies, car les murs en sont envahis. Les murs ne sont jamais nus, ils affichent les \u00eatres aim\u00e9s ou admir\u00e9s, des souvenirs ensoleill\u00e9s ou des d\u00e9sirs d\u2019\u00e9vasion tourn\u00e9s vers l\u2019avenir. Le regard se pose aussi au ras du sol, sur la moquette moelleuse o\u00f9 les corps se vautrent, o\u00f9 les objets trainent. Ceux-ci sont photographi\u00e9s comme des natures mortes, abandonn\u00e9s, pr\u00e9disant que leurs propri\u00e9taires quitteront un jour d\u00e9finitivement le nid douillet.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande ma\u00eetrise des ombres et de la lumi\u00e8re contribue \u00e0 \u00e9voquer subtilement le monde clos du cocon. La photographie de Marie-C\u00e9line est discr\u00e8te, empathique, elle sugg\u00e8re, elle chuchote.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Luc Desmarquest<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1552\"><strong>Exposition \u00ab\u00a0Chroniques photographiques<\/strong>, <strong>Compositions, Adolescences\u00a0\u00bb<br>Marie C\u00e9line Nevoux-Valognes<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Biblioth\u00e8que Alexis de Tocqueville, Caen <br>12 novembre 2022 \/8 janvier 2023<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019\u0153uvre de Marie-C\u00e9line Nevoux-Valognes, certaines photographies jouissent d\u2019un statut particulier, ce sont des c\u00e9libataires. 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