{"id":1187,"date":"2013-04-27T10:48:40","date_gmt":"2013-04-27T08:48:40","guid":{"rendered":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1187"},"modified":"2020-11-06T11:14:03","modified_gmt":"2020-11-06T10:14:03","slug":"ils-ont-photographie-la-normandie-en-couleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1187","title":{"rendered":"Ils ont photographi\u00e9 la Normandie en couleurs"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/ardiphotographies.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/FONDS_COSTIL_01-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1195\" srcset=\"https:\/\/ardiphotographies.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/FONDS_COSTIL_01-768x1024.jpg 768w, https:\/\/ardiphotographies.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/FONDS_COSTIL_01-225x300.jpg 225w, https:\/\/ardiphotographies.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/FONDS_COSTIL_01-113x150.jpg 113w, https:\/\/ardiphotographies.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/11\/FONDS_COSTIL_01.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption>Edouard Costil, portrait de jeune fille, vers 1910, plaque autochrome,  12 x 9 cm, coll. Ardi &#8211; Photographies, Caen. <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>La conqu\u00eate de la couleur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">L \u2019autochrome est complexe \u00e0 appr\u00e9hender. Sa technique, sa pratique, sa diffusion et plus g\u00e9n\u00e9ralement le monde auquel elle appartient nous sont aujourd\u2019hui \u00e9trangers. C\u2019est le monde des expositions coloniales, des exp\u00e9ditions vers l\u2019Antarctique, d\u2019une Europe form\u00e9e de royaumes et d\u2019empires, o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre se r\u00e9invente, o\u00f9 la photographie se projette en public. Un monde o\u00f9 naissent des projets pharaoniques, qui s\u2019enregistre en photographie et en couleurs pour \u00eatre diffus\u00e9 par la presse. Un monde qui va \u00eatre bouscul\u00e9 par la&nbsp;Premi\u00e8re&nbsp;Guerre mondiale, la crise de 1929 et englouti par la&nbsp;Seconde&nbsp;Guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne savions paspouvoir regarder ce monde en couleurs.&nbsp;Du jour o\u00f9 les visionneuses de salon ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9es, l&rsquo;autochrome est devenue invisible, disparaissant dans les greniers de ses auteurs ou dans les r\u00e9serves des institutions charg\u00e9es de pr\u00e9server des outrages la sensibilit\u00e9 de ses couleurs et la fragilit\u00e9 de son support en verre. Avec l\u2019autochrome, le pass\u00e9 se colore sous nos yeux comme les photographies s\u2019\u00e9taient color\u00e9es sous le regard des premiers op\u00e9rateurs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, sa naissance avait connu un grand retentissement tant, depuis la divulgation du proc\u00e9d\u00e9 photographique, en 1839, la couleur&nbsp;constituait l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment manquant, l\u2019objet de toutes les qu\u00eates. Si la perception du relief (1832) et l\u2019enregistrement du mouvement (1895) \u00e9taient depuis longtemps acquis, la photographie en couleurs r\u00e9sistait encore et restait l\u2019apanage des inventeurs et&nbsp;des exp\u00e9rimentateurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lors de la divulgation de la photographie, l\u2019absence de couleurs dans le rendu, alors m\u00eame que l\u2019image au moment de la prise de vue apparaissait en couleurs sur le d\u00e9poli, avait ouvert une voie nouvelle \u00e0 la repr\u00e9sentation d\u2019apr\u00e8s nature. Les photographes s\u2019\u00e9taient engouffr\u00e9s dans cette br\u00e8che esth\u00e9tique instaurant un art photographique. En s\u2019appuyant sur les lignes de composition et l\u2019harmonie lumineuse, en jouant sur les effets de mati\u00e8res, les supports et la chimie mis en \u0153uvre, la photographie avait su&nbsp;trouver une esth\u00e9tique propre, loin des canons de la peinture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019apparition de la couleur entra\u00eene ind\u00e9niablement pour les photographes une r\u00e9\u00e9ducation du regard&nbsp;: les rapports chromatiques viennent soudainement s\u2019ajouter aux contrastes de lumi\u00e8re. Ses inventeurs ont beau vanter le rendu naturel des couleurs, l\u2019autochrome pousse de fa\u00e7on saisissante les contrastes, faisant admirablement vibrer les bleus et les verts autour des rouges et des oranges. Il faut apprendre \u00e0 disposer ces ponctuations color\u00e9es, \u00e0 jouer des transparences et de l\u2019infinie douceur des lumi\u00e8res propres \u00e0 l\u2019autochrome.<\/p>\n\n\n\n<p>La faible sensibilit\u00e9 de la plaque autochrome interdit, de fait, la prise sur le vif, accessible au photographe amateur depuis les ann\u00e9es 1880, et impose l\u2019usage du pied photographique. Si l\u2019autochrome apporte la couleur au photographe, elle lui enl\u00e8ve l\u2019instantan\u00e9. C\u2019est pourquoi, en attendant des am\u00e9liorations, il tente de d\u00e9terminer des temps de pose de r\u00e9f\u00e9rence et de forger son exp\u00e9rience afin de dominer cette question si \u00e9pineuse pour \u00ab&nbsp;r\u00e9ussir&nbsp;\u00bb une autochrome. Pour cela, les autochromistes privil\u00e9gient des sujets qui ne bougent pas&nbsp;: paysages, natures mortes, fleurs, reproductions de tableau et portraits assis renouant avec les poses fig\u00e9es du daguerr\u00e9otype. C\u2019est ainsi qu\u2019insidieusement s\u2019instaure une iconographie de l\u2019autochrome souvent emprunt\u00e9e aux genres picturaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>L\u2019autochrome en Normandie, r\u00e9ception et pratique&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le d\u00e9p\u00f4t des premiers brevets, le 17&nbsp;d\u00e9cembre&nbsp;1903, il faudra aux fr\u00e8res&nbsp;Lumi\u00e8re quatre longues ann\u00e9es avant de parvenir \u00e0 l\u2019industrialisation et \u00e0 la commercialisation<ins>,<\/ins>sous le nom d\u2019autochrome, du premier proc\u00e9d\u00e9 mettant la photographie en couleurs \u00e0 la disposition des amateurs. Habiles promoteurs, ils entretiennent la curiosit\u00e9&nbsp;des photographes en s\u2019appuyant sur le r\u00e9seau des soci\u00e9t\u00e9s de photographie et des photo-clubs. En novembre&nbsp;1905, le bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 caennaise de&nbsp;Photographie publie les ompterendu de l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des actionnaires de la soci\u00e9t\u00e9 des plaques Lumi\u00e8re, qui annonce \u00ab&nbsp;la photographie des couleurs sur verre mise \u00e0 la disposition de tous&nbsp;\u00bb et promet que \u00ab&nbsp;tout op\u00e9rateur pourra reproduire fid\u00e8lement un sujet quelconque avec sescouleurs les plus vari\u00e9es sans recourir \u00e0 des manipulations plus difficiles que celles de la photographie ordinaire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 10&nbsp;juin&nbsp;1907, le proc\u00e9d\u00e9 de la plaque autochrome est pr\u00e9sent\u00e9 dans les locaux du journal&nbsp;<em>L\u2019Illustration<\/em>lors d\u2019une soir\u00e9e organis\u00e9e conjointement par le journal, les fr\u00e8res Lumi\u00e8re et les photographes L\u00e9on Gimpel et Ferdinand Monpillard<ins><s><del>,<\/del><\/s><\/ins>qui l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9. Rapport\u00e9epar la presse, cette annonce cr\u00e9e l\u2019\u00e9v\u00e9nement. L\u2019adh\u00e9sion est imm\u00e9diate. Le succ\u00e8s est tel&nbsp;que la maison Lumi\u00e8re ne peut communiquer les documents demand\u00e9s par le secr\u00e9taire de la Soci\u00e9t\u00e9 caennaise de Photographie, qui, dans son bulletin, doit se contenter d\u2019annoncer ladisponibilit\u00e9 des plaques<a><sup><strong><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>. L\u2019utilisation de l\u2019autochrome ne n\u00e9cessitant pas de mat\u00e9riel de prise de vue sp\u00e9cifique, les photographes r\u00e9alisent imm\u00e9diatement les premiers essais, de nouveau rapport\u00e9s par les presses g\u00e9n\u00e9raliste et sp\u00e9cialis\u00e9e. Sa sup\u00e9riorit\u00e9 permettra \u00e0 l\u2019autochrome de balayer ses concurrents et, durant pr\u00e8s de trente ans,&nbsp;de dominer le march\u00e9 de la couleur.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les r\u00e9elles avanc\u00e9es et simplifications qu\u2019ont connues les proc\u00e9d\u00e9s photographiques, la photographie reste, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019invention de l\u2019autochrome, une pratique exigeante. L\u2019artphotographique r\u00e9clame en effet de solides connaissances optiques et chimiques afin de&nbsp;contr\u00f4ler toutes les \u00e9tapes de la prise de vue au tirage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses se compliquent encore avec la plaque autochrome. La simplicit\u00e9 mise en avant par la d\u00e9nomination m\u00eame du proc\u00e9d\u00e9 n\u2019est qu\u2019apparente. Le terme autochrome, qui \u00e9voque autant le proc\u00e9d\u00e9 direct de capture de la couleur que la restitution des couleurs naturelles, est un leurre. Les autochromistes vont \u00eatre confront\u00e9s \u00e0 deux difficult\u00e9s&nbsp;: laquestion des temps de pose, difficiles \u00e0 \u00e9valuer, et la complexit\u00e9 du d\u00e9veloppement. Or<ins>,<\/ins>ces deux \u00e9l\u00e9ments sont d\u00e9terminants pour obtenir des autochromes de qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9veloppement, plus long et plus complexe que pour des plaques noir et blanc, comprend une proc\u00e9dure qui par inversion cr\u00e9e un positif \u00e0 partir d&rsquo;un n\u00e9gatif. Cela entra\u00eene, d\u2019une part, la disparition de la matrice, d\u2019autre part, limite l\u2019intervention, lors du tirage, \u00e0 de simples corrections de contrastes et de retouches. L\u2019intervention du photographe au tirage constitue pour les tenants d\u2019un art photographique un aspect important de la phase de choix et de d\u00e9cisions artistiques dont pouvait faire preuve le photographe. Sa limitation alimentera les pol\u00e9miques sur le statut artistique de l\u2019autochrome.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le succ\u00e8s technique et industriel&nbsp;que rencontre l\u2019autochrome accro\u00eet encore le prestige des fr\u00e8res Lumi\u00e8re, notamment au sein des soci\u00e9t\u00e9s de photographie. Ainsi, en 1908, la Soci\u00e9t\u00e9 caennaise de&nbsp;Photographie d\u00e9cide-t-elle de nommer Louis et Auguste Lumi\u00e8re membres d\u2019honneur afin de rendre hommage \u00e0 ceux \u00ab&nbsp;qui pour ainsi dire ont \u00e9t\u00e9 des collaborateurs de notre soci\u00e9t\u00e9<a><sup><strong><sup><strong>[2]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autodrome nourrira l&rsquo;actualit\u00e9 photographique des ann\u00e9es 1908 et 1909. Les d\u00e9bats \u00e0 la fois techniques et esth\u00e9tiques occupent largement les colonnes des bulletins des&nbsp;soci\u00e9t\u00e9s de photographie et des photo-clubs. L\u2019\u00e9valuation des temps de pose,l\u2019augmentation de la sensibilit\u00e9 des plaques et leur traitement pour le d\u00e9veloppement sont au c\u0153ur des discussions techniques. La communaut\u00e9 des photographes se mobilise et propose des solutions&nbsp;destin\u00e9es \u00e0 faciliter l\u2019apprentissage des&nbsp;autochromistes. Quelques semaines apr\u00e8s la pr\u00e9sentation du proc\u00e9d\u00e9, Abel Buguet, membre du photo-club rouennais, donne dans le&nbsp;<em>Journal de Rouen<\/em> des&nbsp;cl\u00e9s pour ma\u00eetriserle temps de pose des autochromes. Outre les notices et l\u2019agenda des entreprises Lumi\u00e8re, les chroniques et communications publi\u00e9es dans les bulletins et les revues sp\u00e9cialis\u00e9es sur le sujet se multiplient, avant que n\u2019apparaisse une litt\u00e9rature<ins> <\/ins>offrant des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9f\u00e9rences<a><sup><strong><sup><strong>[3]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les fr\u00e8res Lumi\u00e8re, attentifs aux critiques, ont conscience que le prix et le processus de d\u00e9veloppement constituentdes obstacles<ins><s><del>,<\/del><\/s><\/ins>auxquels ils tentent de rem\u00e9dier. En mars&nbsp;1909, les entreprises Lumi\u00e8re diffusent aupr\u00e8s de la Soci\u00e9t\u00e9 caennaise de&nbsp;Photographie une note&nbsp;informant ses membres d\u2019une baisse des prix ainsi que d\u2019une simplification des travaux ded\u00e9veloppement. De quatorze\u00e9tapes et neuf solutions chimiques pour un temps de traitement de vingt-cinq minutes, le d\u00e9veloppement passe<ins>,<\/ins>\u00e0 partir de 1909<ins>,<\/ins>\u00e0 un traitement simplifi\u00e9 en trois bains. \u00c0 Caen, Julien Burger, qui fournit nombre de produits photographiques, dispose d\u2019\u00e9chantillons \u00e0 destination des membres de la&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 Caennaise de Photographie.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, ces derniers n\u2019adoptent que tr\u00e8s peu la photographie en couleurs. Aussi, la Soci\u00e9t\u00e9&nbsp;fait-t-elle appel au&nbsp;Parisien \u00c9tienne Wallon afin qu&rsquo;il anime, le 2&nbsp;d\u00e9cembre&nbsp;1908, sous le titre<br> \u00ab&nbsp;La photographie en couleurs\u00bb&nbsp;, une causerie sur ce sujet et une projection de plaques autochromes, pr\u00e9sentant notamment des \u0153uvres d\u2019Antonin Personnaz. Le succ\u00e8s de la&nbsp;manifestation reste incertain, le pr\u00e9sident de la&nbsp;Soci\u00e9t\u00e9 Caennaise de Photographie se f\u00e9licitant \u00ab&nbsp;d\u2019une salle bien garnie, mais [qui] aurait d\u00fb d\u00e9border&nbsp;\u00bb<a><strong><sup><strong><sup>[4]<\/sup><\/strong><\/sup><\/strong><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le photo-club rouennais se montre plus attentif et plusieurs de ses membres se lancent dans l\u2019aventure. Il semble que l\u2019\u00e9mulation n\u00e9e entre les photographes de Rouen et ceux de&nbsp;D\u00e9ville-l\u00e8s-Rouen et la volont\u00e9 d\u2019en ma\u00eetriser la technique servent habilement la pratique del\u2019autochrome au sein du photo-club rouennais. En 1914, le congr\u00e8s de l\u2019Union nationale des soci\u00e9t\u00e9s photographiques de France se tient \u00e0 Rouen et est l\u2019occasion de&nbsp;nouvelles projections de photographies en couleurs. Cet int\u00e9r\u00eat du photo-club rouennaispour l\u2019autochrome ne se d\u00e9ment pas jusque dans les ann\u00e9es 1930, o\u00f9 Charles Demeilliers propose&nbsp;des projections m\u00ealant plaques noir et blanc et autochromes<a><sup><strong><sup><strong>[5]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>\u00ab&nbsp;Les amateurs&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ces amateurs \u00e9clair\u00e9s, aguerris \u00e0 la prise de vue, au d\u00e9veloppement et au tirage photographique, sont bien souvent membres de soci\u00e9t\u00e9s de photographie. Ils se distinguent des \u00ab&nbsp;presse-bouton&nbsp;\u00bb, venus \u00e0 la photographie avec le d\u00e9veloppement par la firme Kodak d\u2019appareils photo \u00e0 l\u2019utilisation simplifi\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autochromiste peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab&nbsp;tout amateur ayant des loisirs, et un peu d\u2019instruction et de go\u00fbt<a>[6]<\/a>&nbsp;\u00bb. Et, de fait, ces photographes ont g\u00e9n\u00e9ralement un profil identique. N\u00e9s dans les ann\u00e9es&nbsp;1860 ou 1870, ils sont issus de classes moyennes ayant connu r\u00e9cemment, au moyen de l\u2019\u00e9cole, une ascension sociale. Ils ont les moyens financiers mais \u00e9galement la culture scientifique et artistique li\u00e9e \u00e0 leur \u00e9ducation. Ils sont attentifs au progr\u00e8s et friands d\u2019innovations techniques. Leurs loisirs laissent une large place \u00e0 la famille, \u00e0 la promenade, aux vacances. La couleur apporte \u00e0 ces moments une douceur et une joie de vivre qui mettent en avant l\u2019harmonie apparente de leur mode de vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ils pratiquent la st\u00e9r\u00e9oscopie noir et blanc ou autochrome. Cette technique particuli\u00e8rement ludique en ce qu\u2019elle restitue le relief&nbsp;est, avec la couleur, l\u2019autre grande affaire de la photographie amateur en ces ann\u00e9es&nbsp;1900. Elle donne le sentiment au photographe que, en alliant relief et couleur, l\u2019autochrome st\u00e9r\u00e9oscopique se rapproche au plus pr\u00e8s de l\u2019enregistrement de la r\u00e9alit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les soci\u00e9t\u00e9s de photographie jouent un r\u00f4le important dans l\u2019activit\u00e9 des amateurs, leur permettant de se documenter et d\u2019\u00e9changer des astuces afin de dominer la technique de l\u2019autochrome et d\u2019\u00e9largir la diffusion de leurs photographies au-del\u00e0 du simple cercle familial. Rapidement, les soci\u00e9t\u00e9s vont admettre les autochromes aux&nbsp;Salons et concours qu\u2019elles organisent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab&nbsp;Les professionnels&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le reportage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><br>Deux grandes figures dominent le photo-reportage de l\u2019\u00e9poque&nbsp;: Jules Gervais-Courtellemont et L\u00e9on Gimpel. Leurs pratiques, les cercles qu\u2019ils fr\u00e9quentent, leur collaboration \u00e0 <em>L\u2019Illustration<\/em> devraient les rapprocher mais ni l\u2019un, ni l\u2019autre n\u2019\u00e9voque jamais son confr\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tous deux trouvent dans la presse des d\u00e9bouch\u00e9s \u00e9conomiques \u00e0 leur activit\u00e9 de photographe. L\u00e9on Gimpel privil\u00e9gie le scoop<ins><s><del>,<\/del><\/s><\/ins>qui lui permet de figurer en bonne place dans <em>L\u2019Illustration<\/em>&nbsp;: il multiplie les innovations techniques et les cadrages audacieux. En 1909, le journal lui confie le reportage de la visite du souverain russe Nicolas&nbsp;II \u00e0 Cherbourg et sa rencontre avec le pr\u00e9sident&nbsp;Armand Valli\u00e8res ; il en rapporte des photographies en noir et blanc et des autochromes. L\u00e9on Gimpel r\u00e9alise plusieurs reportages en Normandie, toujours men\u00e9 par l\u2019actualit\u00e9 et photographie, une fois encore pour <em>L\u2019Illustration<\/em>, les jardins des villas deauvillaises et l\u2019habitat traditionnel normand.<\/p>\n\n\n\n<p>Jules Gervais-Courtellemont a une approche diff\u00e9rente de la pratique du reportage<ins><s><del>,<\/del><\/s><\/ins>au cours duquel il privil\u00e9gie le go\u00fbt du pittoresque et de la figure humaine. Il s\u2019attarde \u00e0 Rouen sur les lieux du b\u00fbcher de Jeanne d\u2019Arc ou dans la demeure de Gustave Flaubert<ins>,<\/ins>\u00e0 Croisset. Parall\u00e8lement \u00e0 ces grandes figures, il cherche \u00e0 mettre en valeur les traditions et coutumes propres \u00e0 la Normandie. Or<ins>,<\/ins>celles-ci ont en grande partie d\u00e9j\u00e0 disparu<ins>,<\/ins>ce qui am\u00e8ne Jules Gervais-Courtellemont \u00e0 recourir \u00e0 la mise en sc\u00e8ne et \u00e0 exhumer costumes et accessoires traditionnels. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de faire preuve d\u2019un \u0153il pr\u00e9cis, soignant ses cadres et ses lignes de composition, mettant judicieusement en \u0153uvre la couleur et la lumi\u00e8re pour souligner les qualit\u00e9s de son sujet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les Archives de la plan\u00e8te \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cet attachement aux traditions et coutumes sur le point de dispara\u00eetre est \u00e9galement au c\u0153ur du projet \u00ab&nbsp;Les Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb, men\u00e9, \u00e0 partir de 1909, par le banquier Albert Kahn (1860-1940) et dont l\u2019objet est de \u00ab&nbsp;fixer une fois pour toutes des aspects, des pratiques et des modes de l\u2019activit\u00e9 humaine dont la disparition fatale n\u2019est plus qu\u2019une question de temps<a>[7]<\/a>&nbsp;\u00bb. Pour cela, Albert Kahn recourt \u00e0 une douzaine d\u2019op\u00e9rateurs diff\u00e9rent, charg\u00e9s &#8211; par le biais de la photographie noir et blanc, de la st\u00e9r\u00e9oscopie, de l\u2019autochrome mais aussi du cin\u00e9ma &#8211; de mener des campagnes de collectes photographiques et cin\u00e9matographiques en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En 1912, la direction scientifique du projet est confi\u00e9e au g\u00e9ographe Jean Brunhes (1869-1930). Il&nbsp;dirige ainsi un projet documentaire visant \u00e0 rassembler des donn\u00e9es photographiques portant sur les champs g\u00e9ographiques et ethnographiques. Il participe \u00e0 la formation des op\u00e9rateurs et \u00e9tablit une liste de faits \u00e0 capturer ainsi qu\u2019une m\u00e9thode de prise de vue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Les Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb s\u2019inscrivent dans un projet beaucoup plus large que celui d\u2019inventaire photographique des coutumes d\u2019un monde en voie de disparition sous les coups de butoir de la modernisation. Albert Kahn cr\u00e9e progressivement un certain nombre de fondations, ayant toutes pour objectif d\u2019intervenir dans leur \u00e9poque et sur l\u2019avenir du monde en d\u00e9fendant ses positions pacifistes et internationalistes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les pr\u00e9conisations de Jean Brunhes se retrouvent peu dans les autochromes que r\u00e9alisent Auguste L\u00e9on, Georges Chevalier et Georges Dumas en Normandie. La Normandie de ces ann\u00e9es-l\u00e0 s\u2019est d\u00e9j\u00e0 grandement modernis\u00e9e, faisant dispara\u00eetre les modes de vie traditionnels. La richesse des terres normandes a permis le d\u00e9veloppement d\u2019une agriculture moderne et d\u2019un monde industriel. Il reste quelques exemples essentiellement architecturaux, mais peu de traces des traditions susceptibles d\u2019int\u00e9resser le tenant de la g\u00e9ographie humaine qu\u2019est Jean Brunhes. L\u2019essentiel des autochromes rapport\u00e9es par les op\u00e9rateurs fait figurer des vues de paysages ruraux ou urbains dont la personne humaine est en grande partie absente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La diffusion&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La presse et notamment le journal <em>L\u2019Illustration<\/em> constituent une<ins> <\/ins>r\u00e9elle opportunit\u00e9 pour les photographes de commercialiser et de diffuser leurs autochromes. Cependant, leurs reproductions dans les journaux souffrent de la m\u00e9diocrit\u00e9 des rendus chromatiques, due \u00e0 la similigravure en trichromie, seul proc\u00e9d\u00e9 possible. Malgr\u00e9 les promesses&nbsp;des fr\u00e8res Lumi\u00e8re, la r\u00e9alisation d\u2019\u00e9preuves sur papier \u00e0 partir de l\u2019autochrome sera quasi impossible, la projection restant le mode privil\u00e9gi\u00e9 de perception des autochromes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le moyen le plus simple de percevoir les plaques autochromes demeure la perception \u00e0 main nue. Elles peuvent \u00e9galement \u00eatre vues&nbsp;moyen de visionneuses de salon. Mai, d\u00e8s sa conception, l\u2019autochrome est destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre projet\u00e9e en public.C&rsquo;est le cas au sein des&nbsp;soci\u00e9t\u00e9s de photographie et des photo-clubs. Jules Gervais-Courtellemont, qui pratiquait d\u00e9j\u00e0 la conf\u00e9rence photographique, per\u00e7oit imm\u00e9diatement l\u2019apport de la couleur \u00e0 son entreprise. Il propose d\u00e8s 1908 ses \u00ab&nbsp;Visions d\u2019Orient&nbsp;\u00bb, projections \u00e0 partir des autochromes qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9es au Moyen-Orient. Devant le succ\u00e8s rencontr\u00e9, il ouvre, en 1911, Photo-Couleurs, une entreprise de portraits, prises de vue, catalogues, travaux techniques et mat\u00e9riels d\u00e9volus \u00e0 l\u2019autochrome. Il y adjoindra la Soci\u00e9t\u00e9 des&nbsp;conf\u00e9rences illustr\u00e9es de Photo-Couleurs, qui proposera des sujets \u00e0 partir de ses photographies ainsi que de celles de conf\u00e9renciers associ\u00e9s. Les autochromes seront aussi pr\u00e9sent\u00e9es au sein des \u00ab&nbsp;Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce \u00e0 une lanterne \u00e0 double corps assurant la projection successive des plaques, m\u00e9thode utilis\u00e9e aussi par Jean Brunhes lors de ses cours au&nbsp;Coll\u00e8ge de France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Biographie des auteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les amateurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Jules Antoine (Limoges, 1863&nbsp;\u2013&nbsp;Paris, 1948)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Limoges, Jules Antoine s\u2019installe \u00e0 Paris avec sa famille \u00e0 l\u2019\u00e2ge de cinq ans. Bon \u00e9l\u00e8ve, il b\u00e9n\u00e9ficie de bourses qui lui permettent, en 1883, d\u2019entrer \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole nationale des beaux-arts et de suivre les cours du soir de l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;architecture. Son fr\u00e8re Andr\u00e9 \u00e9pris de th\u00e9\u00e2tre et de litt\u00e9rature, participe \u00e0 la cr\u00e9ation du Th\u00e9\u00e2tre-Libre. Les&nbsp;deux jeunes hommes c\u00f4toient artistes et com\u00e9diens. Jules Antoine se lie avec Maximilien Luce, fr\u00e9quente F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on et le salon de Th\u00e9o Van&nbsp;Gogh et collabore r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 la revue&nbsp;<em>Art et critique<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Jules Antoine se marie en 1888 : en 1890, il est re\u00e7u comme architecte-voyer \u00e0 la&nbsp;Ville de Paris. Son fils Jean na\u00eet en 1892, sa fille Marthe en 1893. Il se passionne pour la photographie. Il sera le photographe de l\u2019enfance, captant en noir et blanc les visages, les jeux et les \u00e9motions de Jean et&nbsp;de Marthe. Jules Antoine photographie en couleurs d\u00e8s 1909&nbsp;: ses mod\u00e8les prennent le temps de la pose, Jules Antoine prend celui de la composition. Il photographie la Normandie \u00e0 l\u2019occasion des vacances, la plage de Donville, les pique-niques et les promenades entre amis. En 1912, Jean meurt d\u2019une p\u00e9ritonite et Jules Antoine remise son appareil photographique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9tienne Cl\u00e9mentel (Clermont-Ferrand, 1864&nbsp;\u2013&nbsp;Prompsat, 1936)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Homme politique, conseiller g\u00e9n\u00e9ral puis d\u00e9put\u00e9 du Puy-de-D\u00f4me, il est plusieurs fois ministre sous la Troisi\u00e8me R\u00e9publique. C\u2019est aussi un homme de lettres, ami des arts, des impressionnistes, de Rodin et de Monet. Adolescent, il fr\u00e9quente les ateliers des artistes clermontois et r\u00eave d\u2019entrer dans une \u00e9cole d&rsquo;art. Toute sa vie, il dessinera. Il se passionne aussi pour la photographie, pratiquant surtout la st\u00e9r\u00e9oscopie autochrome. De 1914 au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1920, il photographie pendant ses loisirs&nbsp;: lors de voyages \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, de vill\u00e9giatures au bord de la mer ou en Auvergne, d\u2019\u00e9v\u00e9nements familiaux. \u00c9tienne Cl\u00e9mentel r\u00e9alise plusieurs st\u00e9r\u00e9oscopies couleur de la Normandie&nbsp;: du&nbsp;mont Saint-Michel en 1915, de Blonville-sur-Mer lors de vacances en 1916 et de Giverny lors d\u2019une visite \u00e0 son ami Claude Monet vers 1920.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Charles Demeilliers (Y\u00e9bleron, 1876&nbsp;\u2013&nbsp;Le Mesnil-Esnard, 1958)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Charles Demeilliers, pharmacien, est install\u00e9 au Mesnil-Esnard, sur les hauteurs de Rouen. Membre du photo-club rouennais, il b\u00e9n\u00e9ficie sans doute de l\u2019engouement de ses membres pour l\u2019autochrome. Il y vient cependant tardivement, probablement dans les ann\u00e9es&nbsp;1920, et l\u2019utilisera jusque dans les ann\u00e9es&nbsp;1930, avant de&nbsp;recourir au Filmcolor. Sa production, r\u00e9alis\u00e9e sur un temps relativement court, laisse penser qu\u2019il tente d\u2019explorer l\u2019ensemble des possibilit\u00e9s&nbsp;qu&rsquo;offre le proc\u00e9d\u00e9.&nbsp;M\u00e9thodique, il note pr\u00e9cis\u00e9ment les temps de pose et les focales utilis\u00e9es. Il tient aussi un carnet pour l\u2019ordonnancement des plaques noir et blanc et autochromes lors des projections au sein du photo-club rouennais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il photographie son environnement, op\u00e8re par s\u00e9ries, constituant ainsi un r\u00e9pertoire iconographique essentiellemnt consacr\u00e9 \u00e0 la nature morte, avec un go\u00fbt particulier pour les fleurs, et au paysage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Gustave Gain (Cherbourg, 1876&nbsp;\u2013&nbsp;Paris, 1945)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 Cherbourg, Gustave Gain grandit \u00e0 Marcilly-sur-Eure. \u00c9tudiant en chimie, il devient docteur \u00e8s sciences, puis obtient un poste d\u2019enseignant-chercheur au Mus\u00e9um national d\u2019histoire naturelle. Il est le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d\u2019une fratrie \u00e9tonnante, dont les membres sont profond\u00e9ment li\u00e9s. C\u2019est une famille&nbsp;\u00ab&nbsp;aux destins d\u2019explorateurs&nbsp;\u00bb que la photographie accompagne dans ses voyages. Son fr\u00e8re Louis sera membre de l\u2019exp\u00e9dition du commandant Jean-Baptiste Charcot vers l\u2019Antarctique de 1908-1910. En 1914, Gustave et Louis Gain sont missionn\u00e9s pour chercher au Turkestan des sources de minerais contenant du radium. Ils emportent naturellement des plaques autochromes afin de r\u00e9aliser des photographies en couleurs. Quant \u00e0 leur s\u0153ur Luce, en 1913, elle \u00e9pouse Jules Rouch, que Louis Gain a rencontr\u00e9 \u00e0 bord du&nbsp;<em>Pourquoi pas&nbsp;?<\/em>. Leur fils, Jean Rouch, deviendra ethnologue et cin\u00e9aste. Gustave Gain s\u2019est mari\u00e9 en 1902 et aura deux enfants, Pierre et Andr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Amateur \u00e9clair\u00e9, il pratique abondamment la photographie. Tout naturellement, il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019autodrome, d\u00e8s 1909. Ses comp\u00e9tences en chimie lui facilitent la t\u00e2che&nbsp;: ses autochromes sont d\u2019une qualit\u00e9 et d\u2019une ma\u00eetrise technique remarquables. Gustave Gain entra\u00eene tout le monde dans sa passion de la photographie&nbsp;: utilisant femmes,&nbsp;s\u0153urs et enfants comme mod\u00e8les, communiquant \u00e0 son fr\u00e8re Louis, son fils Andr\u00e9 et son neveu Jean son go\u00fbt de la photographie et de l\u2019image. Jean Rouch disait : \u00ab&nbsp;Je ne suis pas photographe, mais si je sais voir, je le dois \u00e0 Gustave<a><sup><strong><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La Normandie, les vacances au bord de la mer \u00e0 Di\u00e9lette, la propri\u00e9t\u00e9 de Marcilly-sur-Eure constituent les ports d\u2019attache de cette famille de voyageurs. Ces lieux&nbsp;servent de d\u00e9cors \u00e0 la vie familiale telle que Gustave Gain la met en sc\u00e8ne dans ses autochromes. Il n\u2019h\u00e9site&nbsp;pas \u00e0 fournir \u00e0 ses mod\u00e8les les costumes et accessoires rapport\u00e9s de ses lointains voyages.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Louise Deglane (?-1937)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9pouse d\u2019Henri Deglane, architecte qui dessina le corps de b\u00e2timent principal du Grand Palais, Louise Deglane photographie en autochrome ses s\u00e9jours en Italie et en Suisse, des natures mortes, des vues d\u2019int\u00e9rieur et d\u2019architecture. Parmi sa production conserv\u00e9e \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de&nbsp;Photographie, dont elle est membre \u00e0 partir de 1914, seule une vue a pu \u00eatre localis\u00e9e avec certitude en Normandie&nbsp;:&nbsp;\u00c9tretat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c9douard Costil (1849&nbsp;\u2013&nbsp;Courseulles-sur-Mer, 1939)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On ne conna\u00eet que peu de chose d\u2019\u00c9douard Costil. Parisien, propri\u00e9taire d\u2019une villa \u00e0 Courseulles, il y r\u00e9alise en autochrome une s\u00e9rie de portraits de femme. Le manque desensibilit\u00e9 de l\u2019autochrome rendant l\u2019exercice impossible en int\u00e9rieur, il reconstitue dans ses jardins le d\u00e9corum propre au photographe de studio.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les professionnels<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u00e9on Gimpel (Strasbourg, 1873&nbsp;\u2013&nbsp;&nbsp;S\u00e9eignac-Meyracq, 1948)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Photographe amateur, membre de la Soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de&nbsp;Photographie, L\u00e9on Gimpel est de toutes les audaces formelles et inventions techniques qui agitent la photographie au tournant du xxe si\u00e8cle. Habile photo-reporter, il collabore \u00e0&nbsp;<em>L\u2019Illustration<\/em>\u00e0 partir de 1904. Il est imm\u00e9diatement s\u00e9duit par l\u2019autochrome et participe \u00e0 son lancement, en juin&nbsp;1907. Amateur de scoops, il publie, le 29&nbsp;juin&nbsp;1907, les premi\u00e8res autochromes de reportage de la visite des souverains du Danemark en France.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Jules Gervais-Courtellemont (Avon, 1863- Coutevroult, 1931)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9diteur et photographe dans les ann\u00e9es 1880 \u00e0 Alger, il m\u00e8ne de front sous l\u2019enseigne <br>Gervais-Courtellemont et C<sup>ie<\/sup> des activit\u00e9s de photographie, d\u2019\u00e9dition et de reproduction. Il fr\u00e9quente les cercles litt\u00e9raires et il est un des pionniers de la photo-litt\u00e9rature.&nbsp;Il devient explorateur, parcourt la plan\u00e8te et r\u00e9alise \u00e0 partir de ses photographies noir et blanc des projections qu\u2019il pr\u00e9sente au sein des Soci\u00e9t\u00e9s de&nbsp;G\u00e9ographie. Il se saisit d\u00e8s 1907 du proc\u00e9d\u00e9 autochrome, mesurant imm\u00e9diatement l\u2019apport de la couleur. Il collabore \u00e9galement \u00e9troitement avec la presse, notamment&nbsp;<em>L\u2019Illustration<\/em>, puis  lorsque&nbsp;<em>L\u2019Illustration<\/em> publiera de moins en moins d\u2019autochromes, avec le <em>National Geographic<\/em>. Il photographie Jumi\u00e8ges, Ch\u00e2teau-Gaillard, Rouen mais&nbsp;\u00e9galement Caudebec-en-Caux et le&nbsp;mont Saint-Michel. Il se lance sur les traces de Gustave Flaubert, \u00e0&nbsp;Rouen et \u00e0 Croisset. Il photographie les maisons qu\u2019il a occup\u00e9es et aussi la  ferme de M<sup>me<\/sup>&nbsp;Bovary.&nbsp;Le&nbsp;<em>National Geographic<\/em> publie, en janvier&nbsp;1932, un num\u00e9ro consacr\u00e9 \u00e0 la Normandie illustr\u00e9 de treize autochromes de Jules Gervais-Courtellemont.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les op\u00e9rateurs Albert Kahn<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Roger Dumas (1891-1972)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Roger Dumas entre au service des \u00ab&nbsp;Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb en 1920, o\u00f9 il pratiquera \u00e9galement le cin\u00e9ma. Il r\u00e9alise une premi\u00e8re mission en Normandie en mai&nbsp;1921, dans le pays d\u2019Auge et&nbsp;dans le Bessin. Au printemps&nbsp;de 1926, il effectue sa premi\u00e8re grande exp\u00e9dition au Japon. Il revient en Normandie en 1929, empruntant la ligne de chemin de fer Caen-Domfront. C\u2019est lors de ce voyage qu\u2019il r\u00e9alise ses merveilleuses vues d\u2019arbres en fleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Auguste L\u00e9on (1857-1942)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Originaire de Bordeaux, il est le premier photographe professionnel recrut\u00e9 par Albert Kahn<ins>,<\/ins>en 1909. Il r\u00e9alise ses premi\u00e8res autochromes la m\u00eame ann\u00e9e, lors d\u2019un voyage en Am\u00e9rique du Sud. Ses missions le conduisent ensuite en Europe et au Moyen-Orient. Il est tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 Georges Chevalier, qu\u2019il a fait engager en 1913. \u00c0 partir de 1919, il est charg\u00e9 du laboratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est le premier \u00e0 photographier la Normandie pour \u00ab Les Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb, en juillet&nbsp;1912. Suivant la ligne de chemin de fer, il s\u2019arr\u00eate \u00e0 \u00c9vreux,&nbsp;\u00e0 Lisiers et \u00e0 Caen. Il compl\u00e9tera la campagne de Georges Chevalier en photographiant Rouen et Verneuil \u00e0 l\u2019automne de 1920.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Georges Chevalier (1882-1967)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il entre au service \u00ab&nbsp;des\u00ab&nbsp;Archives de la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb \u00e0 la fin de 1913 gr\u00e2ce \u00e0 Auguste L\u00e9on, qui l\u2019a&nbsp;form\u00e9 \u00e0 la photographie.&nbsp;Georges Chevalier effectue des missions en France et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il parcourt la Normandie durant l\u2019\u00e9t\u00e9 de 1920&nbsp;: les vall\u00e9es de l\u2019Eure, de la Risle et de la Seine en&nbsp;juillet, puis la C\u00f4te fleurie, le sud du Calvados et l\u2019Orne en ao\u00fbt. Il revient en septembre pour photographier Rouen, Le&nbsp;Havre et Dieppe.<\/p>\n\n\n\n<p>Il succ\u00e8de \u00e0 Auguste L\u00e9on \u00e0 la t\u00eate du laboratoire, en 1930. Apr\u00e8s la ruine du banquier, en 1934, il veille sur les collections de plaques autochromes et de films, contribuant sans doute \u00e0 la pr\u00e9servation du projet. Il devient, en 1936, responsable de la collection pour le d\u00e9partement de la Seine, nouveau propri\u00e9taire de la collection Kahn.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>C\u00e9line Ernaelsteen<\/strong><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>Cit\u00e9 par Marie-Isabelle Merle des Isles&nbsp;<em>in<\/em> \u00ab&nbsp;Gustave Gain, photographe&nbsp;\u00bb, in&nbsp;&nbsp;<em>Couleurs sensibles,&nbsp;photographies autochromes de Gustave Gain<\/em>, catalogue de l&rsquo;exposition organis\u00e9e aux Archives d\u00e9partementales de la Manche 2007, p.&nbsp;11.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[1]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>In&nbsp;<em>Revue photographique de l\u2019Ouest<\/em>, juillet&nbsp;1907, n<sup>o<\/sup>&nbsp;7, 2<sup>e<\/sup>&nbsp;ann\u00e9e, p.&nbsp;74 et p.&nbsp;80.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[2]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a><em>Revue photographique de l\u2019Ouest<\/em>, d\u00e9cembre&nbsp;1908, n<sup>o<\/sup>&nbsp;12, 3<sup>e<\/sup>&nbsp;ann\u00e9e, p.&nbsp;XLVI.<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>[3]<\/strong><\/a>H.&nbsp;Bour\u00e9e,&nbsp;\u00ab Notes pratiques sur l\u2019emploi des&nbsp;plaques autochromes \u00bb,&nbsp;<em>Biblioth\u00e8que de la Photo-Revue<\/em>, Paris, Charles Mendel \u00e9diteur, 1908.<br>Fr\u00e9d\u00e9ric Dillaye,&nbsp;<em>Les nouveaut\u00e9s photographiques (ann\u00e9e 1908),<\/em> Jules Tallandier \u00e9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>[4]<\/strong><\/a>\u00ab&nbsp;La conf\u00e9rence Wallon&nbsp;\u00bb, <em>Revue photographique de l\u2019Ouest<\/em>, 1908, 3<sup>e<\/sup>&nbsp;ann\u00e9e, p.&nbsp;136.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[5]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>Carnet de projection de Charles Demeilliers, collection Fabien Persil.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[6]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>Anonyme, \u00ab&nbsp;La photo des couleurs&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>L\u2019Art photographique<\/em>, n<sup>o<\/sup>&nbsp;42, 1907, p.&nbsp;2.<\/p>\n\n\n\n<p><a><sup><strong><sup><strong>[7]<\/strong><\/sup><\/strong><\/sup><\/a>Albert Kahn, janvier&nbsp;1912.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La conqu\u00eate de la couleur L \u2019autochrome est complexe \u00e0 appr\u00e9hender. Sa technique, sa pratique, sa diffusion et plus g\u00e9n\u00e9ralement le monde auquel elle appartient nous sont aujourd\u2019hui \u00e9trangers. C\u2019est le monde des expositions coloniales, des exp\u00e9ditions vers l\u2019Antarctique, d\u2019une Europe form\u00e9e de royaumes et d\u2019empires, o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre se r\u00e9invente, o\u00f9 la photographie se &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/ardiphotographies.fr\/?p=1187\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Ils ont photographi\u00e9 la Normandie en couleurs&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[11,12],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1187"}],"collection":[{"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1187"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1187\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1196,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1187\/revisions\/1196"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1187"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1187"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ardiphotographies.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1187"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}